Le Kibboutz : Histoire
Histoire : le Kibboutz
vendredi 12 mai 2006, par Cécile Pilverdier
Le kibboutz, en hébreu « rassemblement » est une forme de nouveau village, propre à l'implantation sioniste en Israël. Son principe est fondé sur le groupe ; tous les biens sont mis en commun, le travail et l'aide réciproque, les prises de décisions démocratiques, le travail et l' égalité.
Les principes fondamentaux à l'origine du kibboutz.
Participation, égalité et aide réciproque : le principe de participation est à la base de l'idée du kibboutz et se situe dans tous les domaines formant le cadre « kibboutzique ». Les membres ne possèdent pas de biens personnels et la propriété du matériel de production et les autres biens sont les biens du kibboutz, un bien commun. D même la production du travail fourni par les membres appartient au kibboutz, et n'arrive pas directement dans les poches du particulier.
L'idée de « chacun selon ses possibilités et à chacun selon ses besoins » illustre le principe d'égalité du kibboutz, et s'exprime concrètement dans la vie par la distribution égalitaire, ou selon des critères particuliers, de droits et de devoirs comme par exemple : le salaire personnel, l'éducation, la nourriture et le droit de vote. A côté de la participation et de l'égalité, le kibboutz pratique l'idéologie de l'aide et du soutien auprès de ceux qui sont dans la détresse ou qui ne peuvent plus travailler.
La démocratie : Le kibboutz est un cadre vivant qui pratique la démocratie pour la prise de décisions, par l'entremise des secrétariats élus par le kibboutz. La plupart des décisions sont prises lors de la « réunion générale » dans laquelle chaque membre a droit de vote à égalité. L'autorité de décision est entre les mains du secrétaire du kibboutz et des différents comités (éducation, culture, gestion, etc.) qui sont élus. Le protocole décide des sujets nombreux de la vie du kibboutz.
Le travail autarcique : c'est le principe par lequel on essaie d'arriver à une autonomie économique : dans ce cadre, les professionnels proviennent uniquement du kibboutz lui-même.
La vie du kibboutz est fondée sur la libre participation des membres. On ne peut obliger une personne à se joindre ou à rester membre du kibboutz. Le renvoi est possible, mais se fait selon un processus précis, fixé et, en général, se fait en donnant une sorte de compensation au prorata.
Au cours des années, après des crises idéologiques et économiques qu'ont subies les kibboutzim, ainsi que des influences extérieures, il y a peu de kibboutz qui continuent selon ces principes précis. Ainsi par exemple, il est courant aujourd'hui d'employer des salariés dans plusieurs branches d'activité, y compris pour des postes de direction, le principe de salaire égal n'est plus total, on demande un paiement pour les repas, etc. Et en plus, une partie du genre de vie communautaire propre au kibboutz tente à disparaître, comme le dortoir des enfants et les repas en commun.
La fondation du premier kibboutz.
Le premier groupe a été Degania, fondé en 1909 par des gens venus de Russie, soutenu par le bureau « Eretz israëli » sous la direction du Docteur Arthur Rupin. Le groupe s'est installé sur les terres d'Oum Giuni sur les bords du Jourdain, qui appartenaient à la société de location du village. Dès leur fondation, ils ont joué un très grand rôle avant la naissance de l'Etat. Les fondateurs, douze jeunes (10 garçons et deux filles) de la deuxième immigration, cherchaient comment changer leur travail de salariés et les formes d'implantations anciennes. L'idéologie socialiste des fondateurs, qui reposait sur l'idée révolutionnaire de l'Europe et sur l'idée d'un communisme sociétaire, a amené à former un cadre d'implantation communautaire, égalitaire et sans possession privée.
Les membres du groupe ont vu dans l'agriculture la base économique exclusive et un moyen de réaliser l'idéal travailliste. Les premières années ont été pour le groupe de Degania très difficiles économiquement et avec des discussions entre eux, mais les membres ont mûri, avec le temps, et ont amené le groupe à une certaine réussite.
Ses fondateurs défendaient l'idée du « petit groupe », et quand ceux de la troisième immigration qui demandaient à se joindre ont augmenté, on a fondé en 1920 au sud de Degania, un nouveau groupe. En 1920 dans le pays il y avait plus de 10 groupes.
L'évolution des kibboutzim.
L'idée du kibboutz variait entre ceux qui voulaient un élargissement du cadre du groupe jusqu'à 100 personnes, comme voie intermédiaire entre l'idéologie d'« l'associations de travailleurs » qui engloberaient tous les ouvriers juifs, et le groupe restreint. En plus de cela, on demandait d'élargir le cadre de l'économie vers l'artisanat, l'industrie et les services, en plus de l'agriculture.
Les premiers kibboutzim, Ein Harod et Tel Yosef, ont été créés en 1921 (avec la 3ème immigration) et à leur suite d'autres se sont installés, surtout dans la région de la vallée d'Izréel (Galilée). Le mouvement de fondation des kibboutzim s'est développé avec la fin de la première guerre mondiale et de nombreux kibboutzim ont été fondés par les membres de cette troisième immigration et les membres des mouvements de jeunes ouvriers « ha shomer ha tsaïr ».
Entre le début des années trente et la fondation de l'Etat, la population des kibboutzim a augmenté de façon importante. De nouveaux ont été fondés sur tout le territoire entre le Néguev et la Galilée et ceux qui existaient ont reçu des milliers d'immigrants. Ce sont eux qui ont en quelque sorte tracé les frontières du pays. Entre 1936 et 1939 des dizaines de kibboutzim ont été fondés sur le mode de « enceinte et tour », en vue de se protéger. Certains furent érigés en une nuit. Implantés souvent non loin des villages arabes, ils ont dû s'armer au moment des révoltes de ces derniers en 1929, et de 1936 à 1939 spécialement. Très vite ils deviennent une aile combattante avant même la naissance de Tsahal. Ces deux aspects , agricole et défensif, réalisent un idéal opposé à celui du juif tel qu'il était vu jusqu'alors : toujours bafoué sans défense et sans terre. Une des idéologies de base des pionniers était de créer un nouveau type de juif capable de travailler la terre et de prendre les armes Des kibboutzim sortiront les chefs militaires et politiques du pays : Moshé Dayan, Ygal Allon, Ehud Barak...
Quand l'Etat a vu le jour, les kibboutzim représentaient la moitié des villages et leur population 8% de toute la population juive. Dans les années 50, avec le développement de l'agriculture, il y a eu une amélioration de leur économie qui leur a apporté une augmentation du niveau de vie et l'implantation de nouveaux kibboutzim sur le terrain.
Les années suivantes et jusqu'aux années 70, ils ont joui d'une période aisée. L'agriculture des kibboutzim a développé des principes de mécanisation et d'industrialisation moderne et elle a connu des temps de réussite nationale et mondiale. Parallèlement on a élargi l'activité des villages avec une industrie nouvelle et variée.
Au cours des années 80 les kibboutzim sont passés par une période économique très mauvaise, et beaucoup ont été au bord de la faillite. Parmi les raisons de cette crise : la grande vitesse de l'inflation, la crise de l'agriculture, la crise de la Bourse de 1983, et une mauvaise gestion économique des kibboutzim. Au cœur de cette crise les kibboutzim s'endettaient auprès des banques. En 1989 le gouvernement a décidé d'aider les kibboutzim par un règlement des dettes. Il en est résulté une crise idéologique qui a ébranlé les fondements du mouvement. Le capitalisme et l' individualisme de la société israélienne sont en contradiction avec les valeurs du kibboutz.
La crise économique a amené à une réorganisation de l'économie des kibboutzim dans les années 90 : baisse du secteur agricole, concentration vers l'industrie existante orientée vers l'exportation et essai de pénétrer le secteur du Hi Tech, le tourisme et la location de matériel portable pour le commerce et l'habitation. En parallèle, des changements internes ont été faits, entre autre, on a nommé dans de nombreuses usines des directeurs non membres des kibboutzim, et dans certains kibboutzim, on a adopté le système des salaires différents selon le travail fourni par les membres.
Les kibboutzim ont mis l'espoir d'un redressement économique aussi dans les accords signés par les autorités d'Israël, qui leur permettaient d'acquérir à des prix modérés des terrains destinés à l'agriculture et devenus terrains constructibles. En 2002 une plainte a été reçue à la Haute cour de justice sur le sujet et à sa suite les avantages octroyés aux kibboutzim ont été supprimés. Le sujet, sous tous ses aspects, n'a pas été traité jusqu'à maintenant.
Dans les années 2000, de nombreux kibboutzim souffrent encore de difficultés économiques et en plus leur population diminue et vieillit : il y a des départs, les naissances baissent et l'âge augmente. Mais en même temps, il y a une augmentation de demandes d'entrées comme membres dans les kibboutzim florissants et de nouveaux sont implantés de temps en temps.
En 2006, il y a en Israël 267 kibboutzim et 116000 membres qui représentent 2% de la population du pays.
Le mouvement kibboutzique
Au milieu des années vingt, avec la multiplication des kibboutzim, sont nés des mouvements kibboutziques comme cadres organisés. Une organisation du nom de « L'Ami des groupes et des kibboutzim »a été édifiée en premier en 1925. En 1927 des membres l'ont quittée pour en fonder une nouvelle : « ha kibboutz ha miouhad » (le kibboutz unifié), avec à sa tête Itzhak Tabenkin, qui était partisan d'un kibboutz grand et ouvert. La même année est né le kibboutz national « ha kibboutz ha artsi » avec à sa direction Jacob Hazan et Meïr Yaari. Il donnait un cadre aux kibboutzim du « Ha shomer ha tsaïr » qui avait comme orientation le socialisme de l'Europe de l'Est.
En 1929 est né un nouveau mouvement « Haver ha kvoutsot » (l'Ami des groupes). La même année a été fondée une ferme près de Petah tikva, par des Juifs religieux venus d'Allemagne qui étaient proches du mouvement « Ha poèl ha mizrahi » mouvement religieux orthodoxe ashkénase. Ce groupe a donné la base de ce qui plus tard deviendra le kibboutz religieux. Ce mouvement du kibboutz religieux s'est lié officiellement en 1935 et a fondé son premier kibboutz, Tirat Tsvi en 1937.
En 1951 est né « l'Union des kibboutzim », fraction venue du mouvement « le Kibboutz unifié » sur fond de questionnement par rapport à la proximité d'idées avec l'URSS. Les kibboutzim soutenant le « Mapaï » (parti travailliste) se sont joints à « l'Union des kibboutzim ». Ces mouvements sont devenus, à partir des années 50, l'élément décisif du système politique israélien. Ils ont servi de base à trois partis : le Mapaï (l'Union des groupes et des kibboutzim), le Mapam (le Kibboutz national) et l'Union du travail- les Travailleurs de Sion (le Kibboutz uni) et certains de leurs membres ont été aux postes clé gouvernementaux.
Avec les années, les différences politiques, idéologiques et sociales entre les mouvements, se sont estompées. Aussi, fin 2000, il a été décidé de fonder « le Mouvement kibboutzique », qui est la réunion des deux mouvements précédents. Lors de cette réunification il y avait 250 kibboutzim.
Le mouvement du kibboutz religieux continue d'agir indépendamment pour 16 kibboutzim, et garde à peu près ses valeurs originelles, qui réunissent les valeurs kibboutziques classiques et le mode de vie religieux.
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